Certains se sont étonnés que Marie se soumette à un rite de purification. Elle, la toute-pure, l’immaculée, a-t-elle besoin d’être purifiée ? Mais la réponse est simple : cette purification rituelle n’impliquait aucune faute morale. Devenir mère n’est pas un péché. La purification de l’accouchée, demandée par la loi de Moïse, n’a pas pour but de laver d’un péché…. mais de faire revenir la mère dans le domaine profane, après qu’elle est entrée dans le domaine sacré de Dieu, quand il a créé une nouvelle vie en ses entrailles. Marie pouvait donc se soumettre à ce rite qui n’impliquait chez elle ni péché ni défaut. D’ailleurs, comme tous les Juifs, Marie et Joseph sont attachés aux coutumes de leurs ancêtres et il ne leur viendrait pas à l’esprit de rompre avec le rite traditionnel.

Mais je voudrais défendre l’idée que la Sainte Vierge a connu en ce jour, à côté de la purification rituelle, une vraie purification morale. Marie ne s’est nullement purifiée du péché puisqu’elle n’en avait pas. Mais elle s’est purifiée en ce sens qu’elle a grandi en sainteté. Spécialement lors d’événements marquants comme celui que nous fêtons aujourd’hui.

La charité a toujours grandi en Marie. Comment ?

  • La charité n’augmente pas en extension, car même à son plus petit niveau, elle aime Dieu par-dessus tout, et le prochain comme nous-même, sans exclure personne – même nos ennemis. Hormis les damnés, la charité s’étend à tous les hommes – elle disparaîtrait si jamais j’excluais quelqu’un de mon amour. La croissance de la charité n’est pas une augmentation du nombre de personnes aimées.
  • La charité grandit en intensité. Elle s'enracine de plus en plus dans notre volonté. Elle pousse à une union à Dieu toujours plus étroite. C'est un accroissement de qualité, pas de quantité. C'est comme quand une flamme devient de plus en plus intense ou quand la science, sans trouver de nouvelles conclusions, devient plus pénétrante, plus profonde, plus certaine. Par exemple, un astrophysicien qui comprend de mieux en mieux les lois du mouvement des astres.

Quand nous progressons en charité, le motif principal de la charité se détache de plus en plus, au-dessus de tout motif secondaire auquel on s’arrêtait trop au début. Au début, on aime Dieu à cause de ses bienfaits reçus et espérés et pas assez pour lui-même… ensuite on considère davantage que le bienfaiteur est bien meilleur en lui-même que tous les biens qui dérivent de lui, et qu’il mérite d’être aimé pour lui-même à cause de son infinie bonté. La charité augmente donc en nous comme une qualité. Il en alla spécialement ainsi en Marie. Tout acte inspiré par la charité mérite une augmentation de la grâce et de la charité. Quand un employé fait très bien son travail, il mérite une augmentation de salaire. Certes, tous les patrons ne peuvent pas (ou ne veulent pas) augmenter tous leurs employés, mais Dieu, qui est le patron universel, qui a des moyens inépuisables, récompense toujours nos bonnes œuvres par une augmentation de grâce.

D’autre part, ces actes méritoires agrandissent en quelque sorte mon cœur, le dilatent pour que la vie divine puisse mieux le remplir. En nous, il arrive souvent que les actes méritoires restent imparfaits. En ayant une charité de trois talents, il nous arrive souvent d’agir comme si nous n’en avions que un ou deux. Par exemple, Dieu nous donne la grâce de faire un acte d’obéissance parfait, par amour de Dieu, et nous obéissons mais en traînant un peu des pieds. En Marie, il n`y a jamais eu de générosité imparfaite au service de Dieu. Ainsi, ses actes méritoires obtenaient donc aussitôt l’augmentation de charité méritée.

Les mérites de Marie étaient donc toujours plus parfaits ; son cœur très pur se dilatait pour ainsi dire de plus en plus et sa capacité divine s’agrandissait, selon la parole du Psaume 118, 32 : « J’ai couru dans la voie de vos commandements, Seigneur, lorsque vous avez dilaté mon cœur. » Toute sa vie, Marie est devenue de plus en plus pure. La flamme de sa charité s’est intensifiée de plus en plus.

La vie de la grâce s’accroît aussi par la prière. Mais la prière est d’autant plus efficace qu’elle est plus humble, plus confiante, plus persévérante et qu’elle demande d’abord, non pas les biens temporels, mais l’augmentation des vertus, selon la parole : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » Or la prière de Marie était souverainement humble, confiante et persévérante. Elle obtenait ainsi, constamment, un amour de Dieu toujours plus pur et plus fort. Mieux que personne après Jésus, elle a dit cette parole du Psaume 26, 4 : « Unam petii a Domino, hanc requiram, ut inhabitem in domo Domini : J’ai demandé une chose au Seigneur et je la désire ardemment : c’est d’habiter dans sa maison tous les jours de ma vie et de jouir de sa beauté. » Chaque jour, Marie voyait mieux que Dieu est infiniment bon pour ceux qui le cherchent, et plus encore pour ceux qui le trouvent. 

En présentant l’enfant Jésus au Temple avec Joseph, je pense que Marie a connu une purification toute spéciale de son cœur. À l’Annonciation, la Vierge a dit "oui" à l’ange dans la paix et la joie. Quand Jésus est présenté au temple, elle comprend mieux le mystère de la Rédemption. Le vieillard Siméon annonce que Jésus est venu pour sauver tous les hommes, mais beaucoup ne le recevront pas. « Un glaive transpercera votre âme. » Il annonce à Marie toutes les oppositions que le Sauveur aura à subir de la part des hommes ; toutes les souffrances de Jésus, et la Croix. Marie, entendant ces paroles, comprend ce que Dieu attend d’elle. Par la bouche de Siméon, Dieu lui demande son accord. Et comment réagit-elle ? Marie dit à nouveau son fiat. Elle accepte que son fils innocent souffre et meure pour nous, pécheurs. C’est un très grand acte d’amour que Marie pose aujourd’hui.

Purifié par la souffrance, l’amour s’intensifie dans le cœur de Marie, comme la flamme jaune devient flamme bleue, plus discrète, mais plus pure et plus forte. Son cœur se creuse. Elle vit de plus en plus intensément sa mission de Mère de Dieu et de mère de tous les hommes. Aujourd’hui, Marie devient plus purement Marie. Demandons-lui la grâce de grandir en charité, d’intensifier notre amour, et de correspondre toujours plus purement à ce que Dieu attend de nous.

Père Antoine-Marie de Araujo